L’Elysée n’arrive pas à en faire un dessein

Libération : Les mesures catégorielles qui touchent la jeunesse ne font pas une politique globale.

Par MATTHIEU ECOIFFIER, GRÉGOIRE BISEAU (à Berlin)

Et si, enfin, François Hollande parlait aux jeunes de ce qui les intéresse… Au-delà de ses solutions anticrise de premier économiste de France. Le 6 mai, au soir de son élection, le nouvel élu s’était autoproclamé «président de la jeunesse» place de la Bastille. Huit mois après, il martèle toujours «la priorité à la jeunesse» du candidat qu’il fut. Aujourd’hui, il lui présente ses vœux à Grenoble. Hier, à Berlin, il a déclaré qu’elle était «la grande affaire» de la France, de l’Allemagne et de l’avenir de la construction européenne. Le conseil des ministres franco-allemand s’est d’ailleurs fixé comme première priorité de «mobiliser la jeunesse au bénéfice de l’amitié franco-allemande» notamment par le développement de filières bilingues dans les collèges et lycées.

Limité. Déjà en Algérie en décembre, à l’occasion de sa visite de l’université de Tlemcen, il avait tenu à avoir un échange avec les étudiants. Là encore, la conversation avait exclusivement porté sur des questions de formation et d’accès au marché du travail. En France, quand il décline sa politique en faveur de la jeunesse, Hollande égrène le contrat de génération, les emplois d’avenir, sa priorité à l’éducation, l’accord sur le marché du travail qui taxera demain les CDD… Hier, depuis Berlin, Hollande a tenté de faire avancer son idée : consacrer à un fonds européen pour la formation et la mobilité professionnelle des jeunes, une part des recettes récoltées demain par la taxe sur les transactions financières.

C’est l’ambition et aussi la principale limite de Hollande. Son rapport à la jeunesse n’a rien de culturel ou sociétal, il est d’abord économique et social. A l’image de son parcours personnel et de ses priorités politiques. «La jeunesse n’a pas aujourd’hui besoin de nouveaux droits, elle a d’abord un problème de chômage, d’accès au marché du travail et au logement. C’est tout», tranche-t-on dans son entourage.

Façon de dire, en creux, que le Président peine à parler d’autres choses aux jeunes. S’il est bien trop tôt pour tirer le bilan de ces mesures ciblées, pour la plupart encore en chantier, un manque existe d’ores et déjà. Celui d’une politique de la jeunesse ambitieuse cohérente à l’échelle du quinquennat.

Frileux. Force est de constater que cette parole n’est pas portée au sein du gouvernement : ni par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ni par Valérie Fourneyron, la ministre des Sports qui a vu la Jeunesse rattachée à son ministère. D’où la nécessité pour Hollande de reprendre la main. «Pendant la campagne il a été bon sur le sujet. Mais on a vu cette priorité disparaître après le 6 mai dans la composition du gouvernement et dans les discours alors que ce n’est pas le cas dans le contenu», relève Bruno Julliard, qui vient de quitter le cabinet de Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale. « Compte tenu de sa campagne, il y a des attentes vives au-delà de la question de l’emploi. Chez les jeunes de gauche, on est moins dans le désenchantement et l’exaspération que dans l’attentisme, explique François Miquet-Marty, directeur de l’institut de sondage Viavoice. Qui conclut : «La priorité à la jeunesse de François Hollande reste à concrétiser.»

Sur certains sujets à fort clivage générationnel, comme le mariage pour tous, la PMA ou le non-cumul des mandats, le gouvernement avance. Mais sur d’autres, comme le droit de vote des étrangers et le cannabis, il se montre frileux. D’où l’initiative du collectif «Et si c’était maintenant» constitué dans la foulée du congrès du PS d’octobre et composé de militants socialistes, d’associatifs et de syndicalistes qui va envoyer une lettre à Harlem Désir demandant l’organisation de conventions sur l’égalité et la jeunesse. Des enjeux qui pourraient «être portés un peu plus haut et fort». Flora Saladin, militante PS et membre du collectif explique : «Sur l’école et l’emploi, le gouvernement fait le boulot. Mais nos attentes sont énormes : ce n’est pas juste être débarrassés de Sarkozy ou avoir un Président avec un discours apaisant et valorisant pour la jeunesse. Elles concernent un nouveau modèle de société.» Il reste quatre ans à Hollande pour améliorer les conditions de vie de la jeunesse, seul critère sur lequel il entend être jugé. Sans oublier de lui proposer un dessein.

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